Devenir Photographe Professionel Paris

Interview de Dominique Amphonesinh

D’origine chinoise,Dominique Amphonesinh a 10 ans lorsqu’il arrive en France en 1978. Étudiant, il décroche un job de photographe et fait ses premières armes à Montpellier,où il couvre principalement des concerts. La passion est là,mais il ne compte pas pour autant en faire son métier. Après quinze ans passés dans l’informatique, puis à la tête d’une agence de communication, il ouvre en 2004 son propre studio et collabore avec de nombreuses agences de publicité.

Faire oublier la technique au profit de son sujet, tout en restant créatif et imaginatif, autant de qualités nécessaires au photographe de mode, précurseur des tendances qui déferleront dans les magazines. De la mise en scène au choix de la lumière, l’oeil du photographe se doit d’être partout… pour sublimer son modèle.

Préparer la séance photo

Maquillage, coiffure mais aussi stylisme, la photo de mode est un travail d’équipe qui nécessite une préparation minutieuse et ne laisse que peu de place à l’improvisation.

Avant de se mettre derrière un objectif, il est tout d’abord indispensable de définir les intentions.
« Une photo de mode réussie ne se limite pas à poser un joli vêtement sur un mannequin avec de beaux bijoux et une magnifique lumière, ça doit raconter une histoire, il faut qu’il y ait un concept derrière cela,
d’où l’importance du travail préparatoire », précise Dominique Amphonesinh. Un photographe de mode professionnel n’est jamais seul, il est indispensable d’être entouré par d’excellents spécialistes et de s’accorder
avec son équipe sur les orientations données au maquillage, au stylisme et à la coiffure… sans oublier de bien dormir et de ne pas se stresser.

« Un photographe qui est stressé, c’est un photographe qui n’est pas sûr de lui », ajoute-t-il. « En publicité, le rôle du professionnel consiste aussi à appliquer le brief artistique défini préalablement ». Toute la stratégie marketing et commerciale qui va s’ensuivre est directement liée à la réussite de la photo qui va illustrer la campagne publicitaire.

 

S’adapter en toutes circonstances

Tour à tour metteur en scène, photographe et gestionnaire d’équipe, les professionnels se doivent d’être polyvalents afin d’être prêts à déclencher à n’importe quel moment.

Lors de prise de vue en extérieur, il n’est pas toujours évident d’être au bon endroit au bon moment, à moins d’un repérage minutieux plusieurs jours auparavant pour dénicher les meilleurs emplacements. Le talent du photographe consiste à s’adapter aux imprévus, notamment météorologiques.
Par temps de pluie, il est conseillé d’augmenter la sensibilité (jusqu’à 800 ISO environ) mais prenez garde au bruit selon le modèle de votre appareil.
« On positive, et cela devient une habitude et non une contrainte. Fallait y penser avant le jour de la séance photo en faisant un bon repérage, sinon on fait avec ! », s’exclame Dominique Amphonesinh.
C’est aussi l’occasion de tester de nouvelles manières d’opérer, « on est bien obligé de faire en fonction du rayon de soleil qui passe à travers les houppiers des arbres, ou encore de jouer avec les reflets de l’eau sur le lac », explique John Lagoueyte. Cependant, un bon trépied ainsi qu’un flash de studio sur batterie avec réflecteur permettent généralement de réaliser des photos par toutes les conditions météorologiques. Si le décor contribue à la réussite d’une photo, il ne fait pas tout. La vedette reste le modèle, surtout en photo de mode où il s’agit avant tout de mettre en avant un vêtement ou un bijou. Un fond noir ou blanc peut s’avérer alors amplement suffisant, mieux vaut passer davantage de temps sur le mannequin pour la magnifier et obtenir l’attitude souhaitée que de s’attarder sur un fond, à moins que ce décor ne fasse partie prenante du concept préalablement décidé. L’attitude, le regard du mannequin font alors toute la différence, mais là aussi, il s’agit de réussir un subtil mélange pour que l’alchimie soit totale avec le photographe, sans oublier la mise en valeur du vêtement en évitant par exemple de photographier un modèle avec un vêtement sombre sur un fond sombre. Chez les professionnels, les déplacements en extérieur nécessitent une parfaite organisation pour accéder à des endroits parfois inaccessibles au grand public. Ainsi, raconte Dominique Amphonesinh, « on a dû réaliser une séance sur un tarmac en Croatie, sur l’île de Brät plus exactement, avec un avion et une voiture ‘‘follow me’’. Si la photo en plan rapproché donne l’impression que le photographe est seul face au mannequin, ce cliché a pourtant nécessité la mobilisation de huit personnes. Une maquilleuse, une coiffeuse, un styliste, deux assistants chargés de porter le matériel ainsi qu’un organisateur chargé de planifier l’intendance sur place (hébergement, repas), sans oublier l’obtention des autorisations administratives nécessaires. Face à des shootings de cette ampleur, le travail du photographe est aussi celui d’un manager capable de gérer toute une équipe dans le respect des uns et des autres.»

Sortir du lot

Nombreux sont les photographes amateurs qui rêvent de passer professionnels, mais plus rares sont les élus. Diffuser son book et se présenter auprès des agences pour se faire un nom est aussi l’apanage du photographe de mode.
Entrer dans l’univers de la photo de mode s’apparente souvent au parcours du combattant, tous les photographes le reconnaissent. « À mes débuts, je parcourais la capitale avec mon book en croyant que j’allais facilement décrocher la lune », déclare Dominique Amphonesinh. Si les critiques sont souvent très dures, c’est aussi une bonne manière de progresser et de mieux comprendre les attentes des clients. Afin d’avoir une chance d’être repéré, il est conseillé de présenter au moins deux books de 50 photos. Un book prend généralement de 12 à 18 mois de travail et « impose donc souvent de mettre la main au portefeuille pour réaliser des petites productions qui auront par la suite la chance d’être publiées et de constituer une première vitrine », précise le photographe. Mais la meilleure expérience reste la pratique auprès de photographes expérimentés.
Il ne faut pas hésiter à faire des demandes de stage et d’apprentissage auprès des professionnels dont on apprécie particulièrement le travail. Travailler auprès d’un professionnel constitue un exercice enrichissant et indispensable à tout photographe désireux de se faire une place dans le milieu, à condition de conserver sa propre personnalité. «Copier est utile pour apprendre, mais une fois passée la théorie, créez votre propre univers pour vous démarquer, explique Dominique Amphonesinh.
Il faut également être un bon commercial, savoir gérer une équipe avec respect, et tisser un réseau de connaissances important, car être bon photographe ne suffit pas si on ne possède pas les relations nécessaires.
Noir et blanc ou couleur, cadrage et lumière,autant d’éléments techniques à maîtriser, mais aussi à détourner pour réaliser des photos originales et créatives. Une photo réussie, c’est surtout celle qui déclenchera une émotion et ne laissera pas indifférent. Tout photographe de mode se doit également… de rester à la mode. Il est indispensable de se tenir informer des tendances du moment. « J’achète plusieurs dizaines de revues par mois et je ne regarde que les photos. C’est une sorte de veille concurrentielle, cela permet de savoir ce qui se fait ou ce qui a déjà été fait afin de donner de nouvelles pistes d’inspiration ou rebondir vers d’autres idées ».

Les débuts.

Un soir, alors que je traînais dans la cour de l'école, un professeur m'a demandé si je ne voulais pas participer à son cours de développement photo car il manquait de participants. J'avais alors 14 ans et ma passion pour la photographie s'est développée aussi vite que la photo dans le révélateur.

Le déclic.

J'ai travaillé à Montpellier comme reporter photo quand j'étais étudiant. 15 ans après, j'ai décidé de devenir photographe professionnel. J'ai fait le pari avec ma compagne d'atteindre un niveau professionnel dans les deux ans. Au bout d'un an d'enseignement, j'ai quitté mon travail à l'agence de publicité pour me consacrer entièrement à la photographie. Ça fait cinq ans et me voilà maintenant Hasselblad Master.

Les héros.

Ce que j'admire chez Guido Mocafico, c'est qu'il a fait renaître la nature morte dans le domaine de la mode de luxe grâce à son travail purement artistique. J'aime David LaChapelle pour ses couleurs saturées. Mes photos d'hommes nus sont fortement influencées par les photos d'Andreas Bitesnich.

La marotte.

Ce qui est fascinant à voir, c'est la manière dont mes enfants changent. Photographier un être de quatre kilos, puis, un an plus tard, photographier avec étonnement sa première dent ou ses premiers pas. Il n'y a rien de plus beau. C'est le travail de toute une vie.

L'excitation.

Mon meilleur shooting a été pour ma première série de photos de mode destinée à un magazine. Je devais pour la première fois diriger et calmer huit personnes sur le set, alors que j'étais moi-même un peu nerveux. Une fois la photo réalisée et que c'était dans la boîte, ça, c'était excitant.

Le rêve.

Tout ce que je suis, je le dois au soutien d'une personne qui m'est très chère et qui est ma compagne. Mon rêve est donc d'exposer mes photos dans une galerie pour les vendre et d'utiliser l'argent qu'elles
rapporteront pour offrir à la mère de mes enfants le mariage que je lui promets depuis sept ans.

Le cauchemar.

Le cauchemar serait pour moi de devoir à nouveau photographier en argentique, utiliser des pellicules - vous vous rappelez, ces rouleaux de plastique souples de deux mètres qu'il faut toujours emmener dans un magasin. lol

La philosophie.

Il faut respecter l'équipe avec laquelle on travaille et se respecter soi-même en ayant du plaisir à travailler. Pour avancer et pouvoir évoluer de manière constante, il faut toujours se remettre en question.

Le Hasselblad.

Je travaille avec un Hasselblad H2D-22 et un H3D-39. Pour les photos de mode et de beauté, j'utilise un 80 mm et un macro de 120 mm. La conception et la puissance de l'appareil photo sont à mon avis deux points très importants.

Dominique Amphonesinh est un Hasselblad Master parce qu'il sait brillamment mettre ses motifs en scène avec passion et patience. Il est toujours ouvert au changement et célèbre également l'expérimentation et l'esthétique dans des compositions surprenantes.

Depuis quand es-tu passé au numérique?

Qu'est-ce que cela a changé dans ta façon de travailler?
Je suis équipé depuis 2004. Aujourd'hui, je n'utilise plus de flashmètre pour caler l'exposition. Une image test en numérique et hop, je rectifie ma lumière. L'installation de celle-ci est plus rapide mais ce n'est pas pour autant queje déclenche comme un fou. De toute façon mon dos numérique ne me permet pas de déclencher en rafale. J'utilise un dos de 39 millions de pixels pour la mode et de 50 millions pour la nature morte, et il faut attendre une à deux secondes entre chaque photo.

Vois-tu encore un intérêt à travailler en film?

Pas vraiment. J'ai une imprimante Epson 4000 calibrée à mon écran. Alors pourquoi revenir dans un labo argentique? Je gère ma colorimétrie de A à Z et j'ai une très bonne qualité de prise de vue.

Selon quels critéres as-tu choisi ton premier boîtier numérique?

C'était un Canon D60, un reflex abordable pour mes premiers essais.

Depuis, comment a évolué ton matériel?

Après avoir mieux compris "l'esprit" de la photo numérique, je me suis tourné vers le haut de gamme. Comme je le disais, j'ai deux Hasselblad H3D, un dos 39 MP, un dos en 50 MP et une chambre Sinar compatible
avec mes dos numériques.

Un sacré investissement! En es-tu content?

Énormément, et je le recommande à tous mes amis professionnels. Ce qui est très intéressant c'est que chez Hasselblad lorsqu'il y a trois ans je suis passé du dos 22 millions de pixels vers le 39 millions, je n'ai
payé que l'up-grade. Cette année,j'ai refait un up-grade du 39 MP vers le 50 MP. Et là encore,je n'ai payé que la différence. En plus, j'ai eu un nouveau dos CFH Hasselblad.
C'est une excellente politique pour fidéliser!

Quelles améliorations pourraient être apportées à ce dos?

Ce serait bien qu'il soit plus rapide en enregistrement. Mais, vu la taille du fichier de 110 Mo, il est normal que ça mette du temps à enregistrer.
Une plus grande sensibilité avec moins de bruit serait également appréciable. Cependant je pense que c'est sur ce plan qu'Hasselblad travaille pour les prochaines générations.

Comment serait, selon toi, l'appareil numérique idéal?

Un Hasselblad H3D avec un dos 50 MP moins lourd en poids car une journée de prise de vue avec 5 kg dans les bras, c'est dur!
J'attends aussi des cartes mémoire CF de 100 Go. Ou bien un transfert de l'appareil photo vers mon Mac en Wi-fi avec des photos de 50 millions de pixels avec un taux de transfert de 350 Mois minimum
garanti!

Quels sont, pour toi, les principaux défauts et qualités de la photographie numérique actuelle?

Le défaut n°1 du numérique aujourd'hui c'est la gestion de la profondeur de champ.
Les qualités: la facilité d'indexation, une meilleure gestion de sa propre banque d'images sur plusieurs années, c'est avantageux pour l'espace de stockage de fichier par rapport au film.
Et enfin, la qualité des images produites.

Quel est, selon toi l'avenir de la photographie argentique dans les studios de prise de vue?

Dans le domaine de la nature morte, bijoux, catalogue, publicité sur des supports média off line ou on line, il n'y a plus d'avenir pour un photographe en argentique car toute la chaîne de production est aujourd'hui
informatisée (de l'agence de création, au directeur artistique, en passant par la retouche, jusqu'à l'imprimeur).
Dans le domaine de l'art, une image noir et blanc sur une bonne imprimante calibrée, avec une bonne encre et du bon papier tiendra plus de temps qu'un tirage argentique. Ceux qui ont peur du numérique trouveront
toujours un argument négatif, car l'inconnu fait peur. Ceux qui y ont goûté sans l'avoir maîtrisé le rejetteront car "ça ne marche pas" (la vérité c'est qu'ils n'ont pas réussi à résoudre les problèmes qu'ils ont rencontrés).
Le photographe d'aujourd'hui doit faire preuve de persévérance, de patience pour comprendre l'environnement (Windows ou OS). Il doit savoir créer un répertoire, coller un fichier, lancer une application,
monter un masque sous Photoshop, calibrer un profil ICC pour son imprimante et lancer un PDF par FTP à son imprimeur.

 

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